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Intervention de Pierre Favre auprès des élèves de seconde

Le corps recouvert de tatouages, le look décalé de Pierre Favre interpelle. Derrière ses « tatoos » et son crâne rasé, une personnalité complexe, aux multiples tourments, se cache. Pourtant, il a la foi. Et il l’a dans la peau mais aussi sur la peau…

  Image (Intervention de Pierre Favre auprès des élèves de seconde)                          

Il a été l’une des icônes du rock alternatif français des années 1990. Crâne dégarni, barbe fournie, le visage constellé de tatouages mi-chrétiens mi-punks et une chemise à fleurs jaune détrempée par la pluie… Que peut-il bien faire là dans cette salle paroissiale de l’église Sainte-Jeanne-d’Arc de Toulon où l’attendent une quinzaine de types en galère, loin de l’atmosphère surchauffée des salles de concert et plateaux de télé auxquels il était habitué ?

À 55 ans, Pierre Favre, Pierrot Sapu de son ancien nom de scène lorsqu’il était le chanteur des Garçons Bouchers, est pourtant pleinement à son aise aux côtés d’Henri, sans-abri, qui traîne ses difficultés de foyer en foyer. Ou encore de Fati, qui souffre de problèmes psychiatriques.

Assister ceux qui souffrent

Aussi étrange que cela puisse paraître, l’ancien « bouffeur de curés » est depuis quinze ans bénévole à temps plein au Secours catholique. Ce jour-là, tandis qu’un autre bénévole les filme, caméra au poing, Pierre Favre, qui n’a pas abandonné la musique ni perdu son charisme de leader, entraîne dans une danse un peu chaotique ce groupe hétéroclite pour finaliser le clip de leur collectif, La parole des sans-voix.


Vivre le don gratuit
Prêter sa voix aux sans-voix, assister ceux qui souffrent est devenu sa raison de vivre, confie-t-il d’une voix douce qui tranche avec sa carrure imposante. Lui-même atteint du sida, Pierre Favre a vu sa vie basculer en accompagnant jusqu’à la fin sa femme, Géraldine, frappée par la même maladie, disparue en 2001 à l’âge de 32 ans.                                                                                                                                       

Il l’assiste ensuite sur son lit d’hôpital. « Je suis progressivement passé de l’accompagnement d’une personne malade à celui d’une personne en fin de vie. Ce furent de grands moments de tendresse. Lorsqu’on lave une personne, qu’on l’aide à manger, qu’on l’habille tous les jours, on vit le fameux agapè, le don gratuit. On est en communion. L’amour entre deux êtres est décuplé. »

Parfois, Géraldine ne le reconnaît plus. Un jour où elle recouvre sa lucidité, elle lui dit cette phrase :

« Pierrot, tu es bon. » En racontant ce souvenir, Pierre détache chaque mot, comme pour mieux le raviver.

« Elle m’avait tendu un miroir qui me montrait qui j’étais vraiment. »

 

J’ai appris sur le tas mon but dans la vie

Peu avant sa mort, Pierre Favre tatoue sous son œil droit le prénom de « Géraldine », le « i » surmonté d’un cœur rouge. « Pour moi, c’était un geste d’amour. Elle, au fond, savait que c’était un adieu. » Le soir des funérailles de sa femme, il lit une prière, Adoro te devote, dans un livre qu’un prêtre lui a laissé. À ce moment-là, chaque mot fait sens pour lui.

Peu de temps après, il ressent le besoin de se confesser et se rend dans une église. Là, en une heure et demie, il « vide son sac de trente années » auprès d’un prêtre. Et décide bientôt de se mettre au service des personnes défavorisées au Secours catholique, non loin d’un village du Var où il habite toujours.

« Il se trouve que j’ai un petit charisme pour les écouter. Finalement, j’ai appris sur le tas ce pourquoi j’étais fait, mon but dans la vie », confie ce veuf qui se livre facilement, se demandant s’il n’y était tout de même pas « un peu prédestiné », lui qui est né à l’Hôtel-Dieu de Lyon et a grandi rue de la Charité…

Aider les malades de cœur, de corps ou d’âme

L’injustice de la maladie aurait pu le tourner contre le monde entier. Mais Pierre Favre assure n’en avoir jamais voulu à personne. « Il faut bien mourir de quelque chose », remarque-t-il, les yeux rieurs.

Aujourd’hui, il aide ceux qui sont malades de cœur, de corps ou d’âme. « Je parle peu de Dieu avec eux. Ils sont tellement accaparés par leurs problèmes qu’ils n’ont pas le temps d’y penser. Je me contente de les accompagner. Parfois certains disparaissent hélas, sans qu’on sache ce qu’ils sont devenus. »

L’ancien drogué témoigne aussi de son expérience pour mettre en garde les jeunes junkies qu’il rencontre. Le souvenir de sa femme, ancré dans le cœur comme sur sa peau, n’est jamais bien loin.

              Un témoignage du quotidien  La Croix

 

  Hervé Blanchard le directeur et Jean-Paul Horhant, adjoint en pastorale